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Never too late, tous à Stockholm samedi prochain 26 mai! Ingénieur du son de formation, musicienne et compositrice actuellement en résidence au Elektronmusikstudion de la capitale suédoise, Aurélie Ferrière était à bord de Fleur de Passion à l’automne 2017 dans le cadre d’un projet artistique en lien avec les sons de l’expédition, ceux du bord comme ceux enregistrés dans le cadre du programme scientifique 20'000 sons sous les mers.
Elle présente sa création unique en son genre dans une ancienne centrale nucléaire de la ville, avant de prochaines performances ailleurs en Europe, le 9 juin à Hambourg notamment (détails à suivre) et, on y travaille, à Genève!
Pour en savoir plus sur la performance et sur le projet:

Le lien pour acheter les billets: goo.gl/V5QmwP
Vidéo de présentation updatée https://youtu.be/6Zd3jq7ojvY
Le site web du projet : musicomexp.com
Jonas B., 18 ans en ce mois d’avril 2018, était encore mineur quand il a embarqué sur Fleur de Passion en novembre 2017 à Manado, en Indonésie, dans le cadre du programme socio-éducatif Jeunes en mer. Et dans celui, encore plus large, de The Ocean Mapping Expedition, tour du monde de quatre ans (2015-2019) dans le sillage de Magellan sous l’égide de la fondation Pacifique et mêlant science, éducation et culture. Pendant deux mois et demi, via Cebu, Mactan et les Visayas dans le centre des Philippines puis jusqu’à Puerto Galera, fin janvier 2018, il a fait l’expérience de la vie en mer sur un voilier « de travail », s’initiant à la manoeuvre, à l’entretien courant du bateau et à toutes les tâches inhérentes à la vie du bord. Depuis Genève, il partage son témoignage. 

En mer - « Je réfléchissais à plein de trucs, au voyage, à ma vie d’après, à ma vie d’avant »

« J’avais déjà l’occasion de naviguer deux semaines en mer sur le Mauritius (ndlr: le second voilier de l’association Pacifique) et j’avais beaucoup aimé. Les navigations étaient les meilleurs moments pour moi. Quand j’avais pas de tâches à faire, je prenais un bouquin et j’allais lire. Je me sentais bien, le bouquin, je le dévorais alors que normalement j’arrive pas à lire. J’avais aussi moins de peine à effectuer mes tâches quand on était en mer. Et il y a moins de tentations. Tu sais que si tu veux boire, ben tu peux pas. Il y a eu des hauts et des bas, deux mois c’est quand même long. J’ai parfois eu de la peine avec la vie en communauté, c’est toujours les mêmes personnes que tu vois. Et quand tu viens de t’engueuler avec quelqu’un et que t’as plus envie de le voir, ben t’es obligé de le recroiser je sais pas combien de fois dans le journée et tu peux pas aller te calmer ailleurs. Tu es coincé sur le bateau. Plus le fait que je ne pouvais pas fumer et boire quand je voulais. C’était dur. J’avais de la peine à dormir. C’est pas qu’il faisait chaud, c’est qui faisait super chaud, il y avait des moustiques et que je pouvais pas fumer mes joints avant de dormir. Ecouter de la musique le soir me calmait et du coup, je réfléchissais à plein de trucs, au voyage, à ma vie d’après, à ma vie d’avant. » 

Sur la terre - « Rester dans un port, plus rester sur un bateau, c’était vraiment dur »

« L’escale à Cebu a été la période la plus difficile pour moi. J’avais tout le temps envie de partir du bateau, j’avais envie de faire mon voyage à moi en fait. La ville est super polluée, ça pue, il y a des rats. On était bloqué là-bas, on attentait je sais pas qui… Sur le moment j’avais pas compris l’importance des gens qui venaient sur le bateau, mais ils font vivre le truc, ça aide. Mais moi je me disais, il y a des requins à aller voir là bas, des endroits à visiter, des gens à rencontrer... Rester dans un port, plus rester sur un bateau, c’était vraiment dur. Les moments cools, c’était quand il y avait des gens sur le bateau, quand il y avait des évènements. J’ai un bon souvenir à Cebu, le jour où on a embarqué les enfants d’une école et qu’on a fait un tour d’une journée. Je sortais d’une période où j’étais plus du tout motivé à travailler sur le bateau, je faisais tout à reculons, j’étais bloqué sur moi et je n’avais qu’une idée, c’était rentrer chez moi. Cette journée avec les gamins, ça m’a fait repartir dans le bon sens, c’était un super moment. »

Les rencontres - « Et puis on est resté une heure, tout le monde venait pour parler avec nous »

« J’ai rencontré un indonésien à une escale, on a échangé nos numéros et discuté. Lui travaillait dans une rizière, il m’a montré des photos, m’a raconté sa vie. C’était un super bel échange. Moi je lui racontais que je vivais sur un bateau et il était super enthousiaste. Je suis dégouté car le téléphone sur lequel j’avais enregistré son numéro est tombé au fond de la cale, dans l’eau de mer.
Sur le bateau, j’ai beaucoup parlé avec Daniel McGinnis (ndlr: professeur à l’Université de Genève, chef du Groupe de Physique aquatique du Département Forel et responsable du programme The Winds of Change de monitoring des gaz à effet de serre lancé à bord de Fleur de Passion aux Philippines en décembre 2017), il est super sympa, super cool, super compréhensif, toujours ouvert à la discussion. Je pouvais parler en anglais avec lui, ça me permettait de pratiquer un peu. Je lui ai aussi appris quelques mots en français. Là je cite Daniel, mais il y avait tout les autres avec qui j’ai passé des bons moments. L’équipage, Amélie, Séb, Camille (ndlr: respectivement la et le skipper qui se se sont succédés à la barre et le second de l’équipage). Les autres jeunes sur le bateau aussi.
Un des mes meilleurs souvenirs aussi, c’était en Indonésie avec Ludo (ndlr: le chef plongeur du bord) et Kader (ndlr: l’éducateur-accompagnateur). On était allé faire des courses dans un village et on demande aux gens du marché ou est-ce qu’on peut boire un café. Ils nous répondent bah ici, on va vous l’apporter. Et puis on est resté une heure, tout le monde venait pour parler avec nous. Et puis quand on est aller cherché le Zodiac pour rentrer sur Fleur, il y avait plein de gamins dessus qui sautaient dans l’eau… Sauf qu’ils avaient débouchés un bouchon et que le zodiac prenait l’eau et que c’était bientôt la nuit et qu’on ne trouvait plus le bateau, qu’on ne savait pas exactement ou il y avait des rochers. On a eu un peu peur. 
On a rencontré un couple à Mactan qui voyageait en voilier et qui faisait le tour du monde. Ils ont tout quitté. Et ça m’a fait rêver… Je pense que clairement, avant, faut avoir de l’expérience, car tu te retrouves seul en mer, faut savoir gérer. La mer, t’as beau avoir des instruments technologiques, c’est elle qui décide, qui te mène. J’aimerais vraiment repartir en mer, naviguer. Même sur le lac ! »

Ce qui marque - « Certains enfants m’appelaient boss »

« La pauvreté des gens, ça m’a beaucoup touché. Quand on est arrivé à Cebu, on était donc au Yacht Club et de l’autre côté de la route il y avait des bidonvilles. D’un côté les riches et de l’autre côté les pauvres. Le contraste entre les deux, c’est abusé.
Les gamins là bas ils voient que t’es blanc ou que t’as un tee-shirt pas pareil qu’eux et ils le remarquent, ils viennent te voir dans la rue pour te demander de l’argent. Certains enfants m’appelaient « boss » et me disaient « give me money, give me money » et je disais « I dont have money, just cigarettes » et j’allais pas leur filer des clopes, ils avaient 4 ans et demi... Une fois, on était devant une petite supérette avec Tim et Manon (ndlr: deux autres adolescents du programme Jeunes en mer), il nous restait un peu de monnaie. On l’a filée à un gamin, il était tellement content. 
Les gens là bas doivent être beaucoup plus débrouillards que nous, ils doivent se démerder. Les enfants travaillent. Les gamins qui emmènent les touristes faire de la plongée, ils ont même pas 12 ans. Les bateaux font un boucan insupportable car ils sont équipés de moteurs de tondeuse ou des moteurs pourris récupérés. On en parlait avec Kader, en se demandant si ils étaient sourds à 30 ans vu qu’ils commencent si jeunes. »
Bilan - « Je ne réalise pas trop non plus »
« Moi je pars du principe que les trucs qu’on fait dans la vie, même si ce sont des erreurs, il ne faut rien regretter. Ça ne sert à rien. Pour moi c’était une expérience de dingue, je l’ai fait une fois dans ma vie et j’ai bien fait de partir. Ça m’a fait du bien et je serais bien resté sur le bateau un peu plus longtemps si j’avais le droit de boire un peu plus souvent.
Sur le bateau, Camille m’a parlé d’un service civique orienté mer. Ça peut être super intéressant car tu vois des aspects différents, que ça soit naviguer, réparer des voiles, de la charpente maritime, la menuiserie, mécanique moteur. Et en plus tu navigues, tu rencontres des gens. Je ne sais plus comment va cette phrase exactement, du genre « je ne suis pas citoyen français, mais citoyen du monde », mais je me reconnais là-dedans. Je me sens pas bloqué ici ou bloqué en Europe. Je l’ai déjà dit à ma famille et à mes potes qu’un jour, je partirais. Et être sur le bateau a encore renforcé ça. Je réalise ce que j’ai fait, mais je ne réalise pas trop non plus. C’est un truc de ouf quand je me remémore des souvenirs. Mes potes me disent que j’ai eu trop de chance et clairement j’ai eu trop de chance. Je sais que plein de gens aimeraient bien partir en mer comme ça.  
J’ai essayé de tenir mon objectif de pourquoi j’étais venu sur le bateau au maximum. Je voulais arrêter de fumer, de consommer des drogues, calmer ma conso d’alcool. En partant comme ça, j’ai voulu me couper des choses et des gens nocifs. Faire un travail sur moi, prendre du temps pour réfléchir et le bateau c’était un bon moyen pour faire tout ça et de voyager en même temps, voir du paysage et rencontrer des gens. »

De la sortie du Détroit de la Sonde, entre Sumatra et Java, jusqu'aux Îles Cocos, plus à l’ouest en direction de Madagascar, les cinq adolescents du programme socio-éducatif Jeunes en mer en partenariat avec l’association Pacifique se sont progressivement amarinés. La mer est une grande nouveauté pour eux, alors l’océan Indien, c’est dire… Au menu de cette traversée, ils se sont initiés à la pêche au leurre, au rationnement d’eau douce et à la douche de pont, entre autres expériences de la vie au grand large quand il règne une chaleur tropicale dans les cabines et qu’on ne peut pas manger des frites et des pizzas à tous les repas, entre autres contingences… Récit du bord.

« Pour nos jeunes, dès que le bateau file bon plein sur une mer peu agitée, la navigation devient l’occasion de parties de pêche à la ligne effrénées et de prises spectaculaires: barracudas, thazards noir ou encore dorades coryphène. L’activité les captive, ils apprennent à monter une ligne avec un leurre maison fabriqué dans un vieux bas de ciré orange fluo découpé en fines lanières pour imiter un petit poulpe! Une technique imparable de Yffig, le second du bord… Ils s’initient à la manière tout en douceur de hisser le poisson à bord sans qu’il ne se décroche de la ligne en se débattant, il faut dire que l’animal peut atteindre le mètre de long, puis à le vider, à le découper proprement en filets et enfin à le cuisiner en compagnie de Pere le skipper. Grisé par l’exercice, l’un des jeunes veut pousser le prestige et le plaisir de la pêche jusqu’à attraper… un requin!

Le fruit de la pêche offre un complément de nourriture fraiche très apprécié, car en la matière, la traversée de l’océan indien nécessite une vigilance de tous les jours. Un avitaillement complet en fruits et légumes a certes été fait à Jakarta avant le départ le 12 avril. Mais sous la cuisante chaleur des tropiques, une veille régulière est de mise et conduit à adapter le menu du jour en fonction de leur état de maturation. Nos jeunes, forcément, ne sont pas de gros mangeurs de légumes, leur préférant frites et pizzas. Mais nécessité fait loi et les contingences du bord les obligent à tester de nouvelles saveurs.

Autre contingence du bord, la gestion de l’eau douce. Et autre apprentissage pour les jeunes, peu au fait des notions de pénurie potentielle, donc de rationalisation préventive. Mais à toute chose malheur est bon. Les « grains », ces nuages chargés de pluie qui s’abattent régulièrement sur le bateau, deviennent des moments de pur bonheur et de jeu pour tout le monde à bord. Tout ce que le bord compte de récipient - casseroles, bassines, sauts, etc - est alors de sorti. La poche de ris de grand voile devient un réservoir naturel. Tout le monde s’active qui pour remplir, frotter, laver dans une joyeuse ambiance de rires et de cris sur un pont transformé en gigantesque douche et buanderie d’extérieur.

Sous les latitudes tropicales, les couchettes sont comme de petits fours où jamais la température ne baisse, même la nuit. Quand s’abat un grain, elles pourraient gagner quelques degrés de fraicheur mais comme il faut fermer les claires-voies pour éviter l’inondation… Aussi la vie du bord se concentre-t-elle essentiellement sur le point, de jour comme de nuit, surtout de nuit, quand chacun s’essaye à rechercher ne serait-ce qu’un filet d’air…

Lors des moments de calme après un grain ou après une partie de pêche, place aussi aux moments d’apprentissage. Pere dispense alors volontiers des cours de navigation et de météo en profitant du cadre grandeur nature qu’offre l’expédition.

Le 20 avril, nous arrivons aux îles Cocos, minuscule archipel d’une trentaines d’îles appartenant à l’Australie. Le mouillage apporte un peu de répit à nos jeunes terriens qui peuvent effectivement aller faire quelques pas à terrer pendant que l’équipage procède à un peu d’entretien courant, toujours plus facile au mouillage qu’en pleine mer. Le 21, nous repartons pour la suite de la traversée en direction de Saint Brandon, au nord-est de l’île Maurice."

Tandis que fin mars 2018 Fleur de Passion longeait nonchalamment les côtes de Sumatra, la grande île du nord de l’archipel indonésien, l’expédition prit soudain une tournure très… pétrolifère (et néanmoins culturelle, comme on le verra ou comme les plus affûtés d’entre vous l’ont déjà noté à l’énoncé même de cette News…). A l’approche du détroit de Bangka, l’horizon en effet vit apparaître sur tribord de lointaines plateformes de forage, identifiables de jour comme de nuit, plus encore de nuit, du fait de leurs lumières vives qui donnaient des allures de sapin de Noël à ces énormes structures. Et cette énergétique présence vint subitement exacerber le souvenir encore vif du spectacle navrant de cette plage de Batam couverte d’hydrocarbure comme si une mini-marée noire s’y était produite (lire la news en question en cliquant ici).

C’est dans ce contexte qu’un matin de mer d’huile (au sens figuré heureusement, précisons-le quand même) et de calme plat (« pétole » dans le jargon marin), le pétrole inspira à Cécile la dessinatrice du bord une série d’illustrations « Caravane Pétole » à l’encre noir très clairement emprunte de cette liquide énergie fossile, tandis que dans le carré résonnaient quelques-uns des classiques de la chanson pétrolière dont l’orientalo-napolitain « Caravan petrol » de Renato Carosone (cliquez ici pour écouter la chansson), ou encore le très psychédélique « Petrol pop » (idem ici), l’un des thèmes totalement planant de la bande originale d’un film de Jean Yanne de 1972.

Le résultat de cette collision pétroliféro-éolienne (« anéolienne, devrait-on en fait dire): des créatures hybrides mi-poissons mi-humaines, ou mi-bateaux mi-animales, évocations quant à elles de certains des bateaux croisés sur la route de l’expédition, en particulier de minuscules remorqueurs trapus comme de costauds taureaux qui ne s’en laisseraient pas compter par l’énormité de leur cargaison tirée à bout d’amarre derrière eux, bois, charbon ou empilement de containers sur le longues barges repues.

C’est peu de dire que dans cette ambiance très particulière, l’art amusa son monde à bord. Et pour ceux qui, dans cette news pétrolière (et néanmoins culturelle, nous y voilà donc) identifient et savent nommer la figure de style qui s’y cache, merci de vous manifester en partageant votre trouvaille à Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.. Pour toute récompense, outre l’admiration de l’équipage: l’honneur, si vous le souhaitez, de voir votre nom cité dans une prochaine news.

Grosse affluence à la conférence de presse organisée par The Ocean Mapping Expedition à bord de Fleur de Passion, mercredi 4 avril 2018 à Jakarta et malgré l’organisation que l’événement a demandé du point de vue logistique, le voilier étaat à l’ancre à l’extérieur de la marina.
En présence de l’ambassadeur de Suisse en Indonésie, Mme Yvonne Baumann, l’équipage a accueilli une trentaine de journalistes pour une expérience tout à fait unique pour eux: « embarquer » sur un voilier suisse et découvrir de l’intérieur l’esprit et les différentes facettes d’une expédition qui les aura manifestement marqués, si l’on en juge par les nombreuses retombées qui ont suivi et dont voici quelques exemples (cliquez sur le lien pour voir l'article):
TV Kompas
TVRI
The Jakarta Post
Okozone
Medcom.id
Merdeka.com
Metrotvnews.com
Kompas.id
Liputan6.com
Aksi.id
Rmollampung.com
Medcom.id
Un très grand merci à l’ambassade pour son soutien et pour son rôle dans ce qui aura été un très grand succès.