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La première équipe du Remote Sensing Research Center de UQ, l’Université du Queensland à Brisbane, a embarqué lundi 24 avril à Townsville et entrepris dans la foulée sa mission de cartographie de la Grande Barrière de corail. Profitant de conditions météo et de mer particulièrement idéales cette semaine, Chris et Peran ont mené leurs premiers transects photo sur les massifs coralliens sélectionnés dans le cadre de ce vaste projet soutenu par la Great Barrier Reef Foundation et impliquant plusieurs autres institutions scientifiques australiennes dont l’Australian Institute of Marine Science (AIMS) et l’Université James Cook, visités le weekend précédant lors de cette même escale à Townsville (cliquez pour lire la News).

Ces conditions favorables ont aussi été l’occasion de procéder à de premières images depuis le ciel grâce au drone mis en oeuvre par le média-man du bord, Gabriel, visiblement ravi de s’en donner à coeur joie.

Deux autres équipes de UQ prendront le relai d’ici à la fin mai et le terme de cette mission d’un mois sur une vingtaines de massifs coralliens entre Townsville et Cooktown.

Pour retrouver plus de détails sur la mission spécifique de cartographie de la Grande Barrière de corail menée en partenariat avec le RSRC-UQ: lire la news dédiée ou écouter l’émission CQFD sur la Radio suisse romande.

A Townsville, où l’expédition a fait escale du 21 au 25 avril 2017, des échanges stimulants ont eu lieu avec deux institutions au rayonnement international: l’Australian Institute of Marine Science (AIMS) et l’université James Cook (JCU), très à la pointe sur la problématique de la Grande Barrière de corail. Visites de leurs locaux par l’équipage puis visites à bord de Fleur de Passion par leurs étudiants et chercheurs ont généré de nombreuses pistes de reflexions communes. Retour sur une escale à connotation très scientifique.

Le jour même de notre arrivée à Townsville, vendredi 21 avril 2017, nous sommes attendus à l'Australian Institute of Marine Science par son responsable de la communication, Steve Clarke, pour une visite de cette institution à la pointe de la recherche en sciences marines et mondialement reconnue. L’AIMS a ses locaux à Cape Ferguson, en dehors de la ville, au bout d'une longue route dans la forêt qui débouche sur la mer. Nous y rencontrerons des scientifiques spécialisés dans la pollution plastique, la biologie moléculaire et les coraux et qui nous présentent l’état de leurs recherches, dont certaines font clairement écho à celles menées dans le cadre de The Ocean Mapping Expedition.

Puis nous visitons les laboratoires et les impressionnantes installations dans lesquelles les recherches sont menées. En effet, ce qui marque au premier abord, c’est l’importance des moyens technologiques dont dispose cette institution.

La visite est aussi l’occasion, pour l'équipage de Fleur de Passion, de présenter l’expédition et les programmes - scientifiques, socio-éducatifs et culturels - qui la composent. Au terme de trois heures d’échanges menés à un rythme soutenu, la visite prend fin mais il est évident qu’elle appelle de possibles prolongements en commun, en particulier concernant la pollution plastique.

http://www.aims.gov.au

Lundi 24 avril 2017, c’est avec l’Université James Cook que l’expédition a rendez-vous. Comme le vendredi, tout commence le matin par une visite du campus et une rencontre avec des scientifiques et doctorants, dont certains spécialisés dans les micro-plastiques, les coraux et même la pollution sonore sous-marine!

L’après-midi est consacrée à une visite à bord de Fleur de Passion et à une présentation de l’expédition, de la fondation et du bateau. Là encore, dans une atmosphère très chaleureuse, les échanges très intéressants ont fait naître de nombreuses pistes pour de futures collaborations sur la thématique corallienne dans son ensemble, incluant les phénomènes de blanchiment du fait du réchauffement climatique, sur laquelle JCU est très en pointe.

https://www.jcu.edu.au/college-of-science-and-engineering/academic-groups/marine-and-fisheries-science

https://www.coralcoe.org.au/

En ce début avril 2017, le cyclone Debbie qui a dévasté la côte du Queensland empêche notre progression vers le nord. Nous sommes obligés d'attendre des conditions favorables pour naviguer.

Nous larguons finalement les amarres de nuit et abordons bientôt Swain reef dans la matinée du 9 avril. Pas d'îles, de plages ou d'arbres comme je me l'étais imaginé. Le massif de corail se révèle par la couleur turquoise de l'eau. Tout est immergé. Une approche avec le zodiac, le temps de s'équiper et nous basculons enfin dans l'eau.

Nous découvrons émerveillés un jardin d'Eden! Des coraux de toutes les couleurs et de toutes les formes entre lesquels se déplacent des poissons tout aussi incroyables. Un requin passe sous mes palmes. Devant moi, un long serpent de mer gris rentre dans une cavité et en ressort aussitôt pour passer tout près de moi. Et voilà Nemo dans son anémone!

Je dois lutter contre un petit sentiment de désespoir qui me prend soudain. Que puis-je saisir d'une telle beauté, d'une telle complexité, muni de mon simple crayon et de ma petite plaque de PVC sur laquelle je trace mes premières esquisses sous m’eau. Je me concentre, j'accepte mes limites et je me mets au travail. De retour sur le bateau, je suis très fier d'avoir pu saisir quelques images sous-marines, qui prendront vie et couleur par la suite…

Est-il encore possible de trouver quelque part sur les océans du globe des étendues d’eau exemptes de toute pollution plastique? La question a tout lieu de se poser alors que, deux ans jour pour jour après son départ de Séville, The Ocean Mapping Expedition livre le résultat des analyses des 87 échantillons d’eau de surface effectués d’avril 2015 à novembre 2016 au cours des 19 premiers mois d’expédition entre l’Espagne et l’Australie, soit sur l’équivalent d’un demi tour du monde. En effet, le 100% de ces échantillons révèle la présence de micro-particules plastiques, certains dans de très fortes proportions comme ceux effectués en plein milieu du Pacifique sud en 2016.
Quatre groupes de pollutions
« Les zones de pollutions mises en évidence par le programme Micromégas peuvent être classées en quatre groupes », détaille Pascal Hagmann, directeur exécutif de l’association Oceaneye. « Nous constatons une pollution très faible en Patagonie chilienne et dans le Pacifique sud, hors zone d’accumulation (concentration en micro-plastiques inférieure à 20g/km2). Une pollution légère dans le nord de la Patagonie chilienne (près de l’île de Chiloé) a été mesurée dans 1 échantillon. Elle est vraisemblablement liée à l’industrie d’élevage de poissons fortement développée dans cette région. Nous observons en revanche une pollution moyenne dans le Rio de la Plata (concentration en micro-plastiques d’environ 100g/km2), entre l’Argentine et l’Uruguay. Ceci est lié au fait que l’échantillonnage est réalisé près d’une zone à forte densité de population. »
« Enfin, nous relevons une pollution élevée dans la partie Sud-Est du Pacifique », un océan à la surface duquel 49 échantillons ont été effectués. « Cette pollution élevée (concentration microplastique supérieure à 300 g/km2) est liée au phénomène de convergence des courants marins dans cette partie de l’océan et d’accumulation de déchets qui en découle », explique Pascal Hagmann.
« Le profil de densité de pollution micro et méso-plastique observé durant la traversée du Pacifique confirme que The Ocean Mapping Expedition a bien traversé la zone d’accumulation de déchets du Pacifique sud », ajoute-t-il.
Un résultat stupéfiant qui incite à poursuivre le travail
« Le fait que 100% des prélèvements d’eau de surface que nous avons effectués jusqu’à présent contiennent des particules micro-plastiques est stupéfiant », a relevé Samuel Gardaz, vice-président de la Fondation Pacifique, lors d’une conférence de presse organisée à Genève.
« Certes, nous pouvions imaginer que nos prélèvements d’eau de surface révèleraient, pour certains du moins, voire une majorité, la présence de particules micro-plastiques. Mais de là à penser qu’absolument tous en contiendraient, il y a un pas.
« Ce constat est d’autant plus désolant qu’on peut légitimement redouter que plus une seule surface océanique au monde ne soit épargnée par le phénomène, sans parler de ce qui se passe dans les profondeurs. Et la tendance ne donne pas franchement de signes de vouloir s’inverser », déplore-t-il.
« Cela nous renforce néanmoins dans notre volonté de poursuivre, grâce à notre partenariat avec l’association genevoise Oceaneye, ce fastidieux travail de collecte de données de terrain pour contribuer à une vision globale du phénomène et de son évolution. Car c’est la condition sine qua non à toute prise de conscience et, in fine, à toute solution digne de ce nom », poursuit Samuel Gardaz. 
Ces prélèvements d’eau de surface ont été effectués par l’équipage de Fleur de Passion dans le cadre du programme Micromégas et sur la base d’un protocole strict tenant compte de l’état de la mer, de la vitesse du bateau et du vent, entre autres paramètres. Ils sont ensuite conditionnés à bord puis acheminés régulièrement en Suisse où les biologistes d’Oceaneye procèdent à leur analyse au Laboratoire central environnemental (CEL) de l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL).
Mieux comprendre le « mystère plastique »
Dans un contexte général de prise de conscience progressive mais encore balbutiante du fléau planétaire que représente la pollution plastique des océans, ces données uniques en leur genre par l’ampleur de l’ère géographique couverte apportent un complément d’éclairage nécessaire. Le programme Micromégas a en effet permis de réaliser le second échantillonnage transpacifique entre le chili et la Polynésie. Transmises notamment au Programme des Nations-Unies pour l’environnement (PNUE), elles alimentent une base de données à l’échelle mondiale dont la communauté scientifique a besoin pour cartographier le phénomène et en déterminer l’évolution, condition sine qua non pour envisager d’endiguer le phénomène d’une façon qui soit réaliste.
« Aujourd’hui, on ignore où sont 99% des déchets plastiques flottants, explique Pascal Hagmann. La communauté scientifique cherche à comprendre où vont ces déchets. On dispose aujourd’hui d’environ 10'000 points de mesure à l’échelle mondiale. L’une des hypothèses pour expliquer ce « mystère plastique » est que cette pollution est largement sous-échantillonnée pour en avoir une vision globale. »
Manque de données en Asie du Sud-Est
« Nous allons accentuer nos efforts sur cette problématique de la pollution micro-plastique pour laquelle, comme en Asie du Sud-Est notamment, les données de terrain font là aussi cruellement défaut, insiste Pascal Hagmann. D’une manière générale, une plateforme logistique comme Fleur de Passion peut jouer un rôle très significatif car il donne accès à de zones d’études qui ne sont pas des priorités pour les institutions océanographiques. »

Retrouvez l'expédition lors de son passage en direct dans l'émission scientifique CQFD de la RTS la 1ère, jeudi 6 avril 2017, et découvrez plus en détails les enjeux de la Grande Barrière de corail et en quoi consistera plus particulièrement la mission de Fleur de Passion sur cet environnement en péril. Cliquez ici pour écouter l'émission

Merci à toute l'équipe de CQFD, qui suit The Ocean Mapping Expedition depuis son départ de Séville il y a bientôt 2 ans.